VOID

L’image du souvenir
6 novembre 2025 - 17 janvier 2026

L’impossible transparence de l’image

 

Le collectif VOID, duo bruxellois formé par Arnaud Eeckhout et Mauro Vitturini, poursuit dans cette nouvelle exposition son exploration des zones d’incertitude du visible. Depuis leurs débuts, leur œuvre se déploie dans un dialogue continu entre le regard et l’écoute, entre ce qui s’imprime et ce qui résonne. Pendant longtemps, leur pratique s’est attachée à rendre visible le son et audible l’image, à travers une écriture physique de la vibration. L’apparition de l’image figurative, amorcée avec la série Memories (2024), marque un tournant dans cette recherche : c’est la première fois que VOID confronte directement la question de l’image supportable, de ce que l’on choisit ou non de regarder.

 

Chez VOID, voir n’est jamais un acte immédiat. C’est un mouvement de retrait, une manière d’écouter. Les images ne s’effacent pas : elles se filtrent, comme un son traversé par la réverbération ou la distorsion. Ce trouble visuel agit comme une forme d’accordage perceptif : il tempère la brutalité du réel, adoucit la mémoire sans la dissoudre. Là où d’autres chercheraient à révéler, VOID invente une poétique du voilement.

 

Les photographies en noir et blanc des Memories s’altèrent selon un protocole d’effacement progressif, presque respiré. Certaines proviennent d’un fonds intime, d’autres de l’iconothèque collective, ces images de presse qui hantent la mémoire commune. Leur filtrage ne relève ni de la censure ni du secret : il permet au regard de demeurer sans raviver la blessure, de se tenir à distance pour mieux comprendre.

 

Cette idée de distance active, de regard ralenti, rejoint la tension picturale d’un Gerhard Richter, pour qui le flou n’est pas une perte mais une condition de vérité. VOID partage ce même désir d’un regard qui n’impose pas mais propose. L’image devient espace respirable, non plus surface coupante mais matière douce, poreuse, ouverte à la vibration du son.

 

La série Souvenir (Botanique, Bruxelles, 2022) en posait déjà les fondations. Réalisées à partir de noir de fumée gravé par les sillons sonores de voix anonymes, ces pièces ne contiennent aucune photographie. Le son y dépose littéralement sa trace, fragile et volatile. Ce qui brûle laisse empreinte ; ce qui s’efface demeure.

 

Les retables prolongent cette tension entre beauté et désastre. L’un montre un iceberg peint à l’huile, dont les panneaux extérieurs en cuivre portent la phrase : "Pleurer de sang froid". Un autre figure une gerbe de fumée, apparition gravée par martèlement dans le métal. D’autres retables gravés — "Être combustible", "Ralentir la fin", "Brûler dans la lumière", "Entendre le foyer", "Au bord du monde" — déclinent cette méditation sur la catastrophe comme métaphore du temps. Ces formes d’autels profanes deviennent des lieux de recueillement critique, où la lumière accroche la trace du geste et du souffle.

Les petites peintures, dérivées d’images de presse, s’attardent sur les bordures de l’événement. En cadrant ce qui se tient à la marge du sujet, elles produisent une familiarité étrangère, un déjà vu collectif. C’est dans ce déplacement presque imperceptible que naît la charge poétique du travail de VOID.

 

Enfin, la série Nos soupirs inscrit la peinture au revers du cuivre : les plaques extérieures sont gravées par des silences musicaux, soupirs, demi-soupirs, quarts de soupir comme si la mémoire elle-même respirait.

 

Chez VOID, le son n’accompagne pas l’image : il en est la contrepartie invisible, le souffle intérieur. Ensemble, ils composent une matière vibrante, un champ de résonances où le visible et l’audible se confondent. On pourrait évoquer, en arrière-plan, Christian Boltanski, Pascal Convert ou Lawrence Abu Hamdan, pour qui la disparition devient matière à mémoire. Mais ici, ces filiations s’effacent dans la clarté d’une voix propre : celle d’un art qui ne décrit pas le désastre, mais en suspend la violence, en conserve la vibration.

 

VOID aborde notre époque depuis la conscience aiguë de sa saturation visuelle. Dans un monde où chaque image se consume dans sa propre clarté, le collectif substitue à la transparence une opacité méditative, à la vitesse une temporalité d’écoute. Leur œuvre ne documente pas la perte, elle en préserve la respiration.

 

Henri van Melle
Octobre 2025

  

BIOGRAPHIE EN QUELQUES DATES

Collectif fondé en 2013 par Arnaud Eechkout (BE), né en 1987 et Mauro Vitturini (IT), né en 1985. Ils vivent et travaillent à Bruxelles, Belgique.

 

2012 Bachelor en peinture, Accademia di Belle Aarti, Rome, Italie (Mauro Vitturini).

2013 Master en art public, IDM, ARTS2, Mons, Belgique (Arnaud Eeckhout).

2013 523 names of soldiers dead in action pronounced at the same time, commande publique, Monument aux Morts, Mons, Belgique.

2015 Prix Médiatine, Bruxelles, Belgique.

2016 Not all That Falls Has Wings, exposition collective, ARTER – space for art, Istanbul, Turquie.

2018 Prix Salomon Foundation Residency Award, ISCP, New York, USA.

2019 Réalisation de deux œuvres in situ, commande de l’Université Saint-Louis, Bruxelles, Belgique.

2020 Résidence de recherche art et science, en collaboration avec le KIKK et Unamur, Namur, Belgique.

2021 [vwaʁ], 1ère exposition personnelle à la Galerie Papillon.

2022 SARATM* Souvenir Archival Recording Apparatus*, Musée du Jardin Botanique, Bruxelles, Belgique.
SEE (Sonic Eatable Experience), performance produite par ING, Aula Magna, Flagey, Stadsschouwburg et Concertgebouw, Belgique

2024 La Maison des collections, commande publique, maison Lescarts, Mons Belgique.